Particulièrement discrète (pas de page facebook, ni de site internet), Meg Baird, chanteuse et multi-instrumentaliste originaire du New Jersey, est pourtant une jeune femme active, très active même. Depuis le début des années 2000, elle a ainsi été un membre clé du groupe de folk psychédélique Espers, joué avec sa sœur au sein de The Baird Sisters, collaboré avec Kurt Vile, Will Oldham, Steve Gunn et Sharon Van Etten.

Elle a aussi sorti deux albums sous son propre nom en 2007 et 2011 (les très beaux Dear Companion et Seasons On Earth). Depuis lors, loin de marquer le pas, elle a enchaîné les projets en jouant de la batterie pour le groupe de punk rock Watery Love, ou plus récemment en rejoignant le nouveau groupe psyché Heron Oblivion.

Elle a également quitté sa ville d’adoption Philadelphie pour San Francisco et enregistré un troisième album solo, le splendide Don’t Weigh Down The Light, sorti au début de l’été. Un album folk de toute beauté qui résonne instantanément comme un classique du genre.

Ecrit et composé juste après l’arrivée de son auteur sur la côte ouest, Don’t Weigh Down The Light est un disque sur le changement, la transition, le mouvement. Sur ce que l’on laisse derrière soi, les regrets qui nécessairement apparaissent, les chapitres qui se terminent. « A leaving record » comme l’américaine le décrit elle-même. Past Houses, Leaving Song, Even The Walls Don’t Want You To Go, plusieurs morceaux sont d’ailleurs directement et explicitement intitulés d’après ces thèmes.

Don’t Weigh Down The Light est aussi un disque sur la mémoire et l’oubli. « I was struck over and over with themes of memory and forgetting. What stays and fades away » confie ainsi la jeune femme. Les sujets abordés sont donc bien souvent mélancoliques, mais Meg sait nous montrer comment ne pas abandonner malgré tout (« And when the night reaches out, I will be there, I don’t mind »).

Les mélodies, aériennes et finement ciselées, apportent lumière et chaleur à l’ensemble. Bien qu’exécuté exclusivement à quatre mains, l’artiste étant accompagnée du seul Charlie Saufley, le son développé ici est moins minimaliste que sur les précédents opus. Guitares 6 et 12 cordes, basse, orgue, piano, percussions : les musiciens jouent tour à tour de chaque instrument, et créent au final une musique épurée mais travaillée qui emporte l’auditeur sur le doux chemin d’une folk en tout point remarquable. Toujours aussi impressionnant, le fingerpicking de l’américaine nous rappelle d’ailleurs à quel point la jeune femme est une musicienne de talent qui maîtrise parfaitement son art.

Discrète mais précise, la production vient servir à merveille l’instrument le plus essentiel de l’album, celui qui en provoque la beauté fulgurante : la voix de Meg Baird. Une voix pure et cristalline. Une voix mystérieuse et réconfortante, qui en rayonnant de douceur et d’intensité, illumine le disque du début à la fin. Une voix sublime qui touche l’âme tout en caressant le cœur. Et sait se suffire à elle-même comme sur le magnifique Leaving Song chanté a cappella avec un simple jeu d’harmonies vocales.

Moment de grâce absolue, Don’t Weigh Down The Light est a n’en pas douter l’un des plus beaux albums folk de l’année (et même au-delà). Un disque intemporel qui accompagnera l’auditeur bien après la fin du dernier morceau. Un disque incontournable pour tous les fans de Joni Mitchell, Sandy Denny, Joan Baez, Alela Diane ou Jessica Pratt. Un disque qui saura aussi devenir indispensable à toutes les oreilles assez curieuses pour aller le découvrir et lui accorder l’attention qu’il mérite.

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Un titre : Past Houses
Pour écouter l’album : sur deezer par exemple

Bonus

Voici une superbe session acoustique de Meg Baird et Charlie Saufley, filmée dans un chai de Sonoma (Californie), en mai 2015.

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