WRC2015

Suite de notre article à l’écoute partenaire musical de la Coupe du monde de rugby 2015 – Poule A & B

Poule C

La troisième poule est probablement la pire. C’est-à-dire la moins intéressante. Pourquoi ? Parce qu’elle abrite l’ogre, le croquemitaine, le méchant loup de la forêt qui mange les mères-grands. Bref les All Blacks. Le haka, les maillots noirs en guise de deuil de leurs adversaires, bla bla bla. Ils vont écraser les autres équipes comme des mammouths passent sur des boutons d’or. Alors à quoi bon s’y intéresser ? Heureusement que la scène néo-zélandaise se révèle plus subtile que Richie McCaw et ses coups d’épaule.

Au pays du long nuage blanc, il y a bien une lueur d’espoir pour qui veut trouver un peu de finesse dans ce monde de brutes en noir. Cette lueur, on la trouve dans la voix angélique d’Aldous Harding. Son album éponyme vient à peine de sortir et d’aucuns la considèrent déjà comme la nouvelle Vashti Bunyan. Il faut l’écouter sur No Peace, seule avec sa guitare et son vibrato. Le folk est pur, aérien, presque austère et cependant totalement apaisé. Aldous Harding roule ses –r comme des cailloux dans le lit d’une rivière, soutenue par des parties de flûte ou de clavier. Sur Hunter, elle s’approprie le cliché du duo guitare-violon pour en faire un déchirement, un adieu. On pourrait s’attarder sur chacun de ces titres qui, doucement, mais inexorablement, vous amènent sur votre ligne d’en-but que vous défendez bec et ongles, avant de rendre les armes devant tant de classe. Le mieux est encore de se plonger dans l’album et de s’y abandonner, sûrs du plaisir que son envoûtement produit. Cette fois ce n’est pas une équipe de All Blacks qui fait sa loi, alors on savoure d’autant plus de s’être fait avoir.

A côté de cela, il sera bien compliqué pour la Namibie, les Tonga et la Géorgie de triompher avec leurs artistes respectifs. L’Argentine, de son côté, possède une équipe redoutable. Mais eux, on ne les aime pas. En 2007, lors de la coupe du monde en France, ils gagnent le match d’ouverture contre le pays hôte. Et rebelote lors de la petite finale. Si les Anglais sont nos meilleurs ennemis et que la France n’est jamais meilleure que le dos au mur face aux équipes les plus redoutables, les Pumas sont les adversaires les plus coriaces et les plus pénibles. Et comme il s’agit du pays qui nous a gentiment donné Violetta, la moindre des choses serait de les châtier sans pitié en concassant leur paquet d’avants. Pourtant les artistes dans la lignée de ce qu’on aime chez à l’écoute sont sûrement légion du côté de la pampa, mais malheureusement aucun n’avait prévu de nouvel album pour la rentrée. Alors que ce soit face à Aldous Harding ou aux deux meilleures équipes de la poule D, les Argentins ne devraient pas aller au-delà des quarts de finale dans cette compétition.

Poule D

Enfin place à la dernière poule. Elle a beau ne pas avoir le qualificatif de « mortelle », elle compte quand même trois équipes pour les deux places de quart de finalistes. Il y a d’abord l’Italie, qui a su faire ses preuves même si, faute de coup d’éclat, elle ne s’est toujours pas invitée dans le Top 8.

Le berceau de la musique classique et de Giorgio Moroder n’était pas forcément réputé pour la qualité de ses artistes de la scène indépendante. Après tout, on ne peut pas faire de la canzone dégoulinante façon Eros Ramazzotti et avoir une scène de musiques actuelles digne de ce nom. Le groupe Holidays et ses mélodies cristallines nous avait prouvé le contraire il y a trois ans. Hélas l’aventure n’a pas duré. Cependant tout espoir n’est pas perdu car l’électro transalpine recèle un secret noir et froid comme un diamant sorti de la mine : Aucan. Après un premier album versant plutôt dans le math rock avec clavier, le trio a tout misé sur les machines pour composer une électro sombre et planante qui a aussi le souci d’une esthétique épurée. Leur précédent album Black Rainbow alternait les moments de bravoure (Heartless, Away !) et d’autres plus détendus (Save Yourself). Ils reviennent cet automne avec Stelle Fisse, dont le premier extrait Disto reprend les choses là où le groupe les avait laissées : une rythmique poisseuse à souhait pour soutenir une mélodie tranchante comme un raffut de Sergio Parisse. Enfin une bonne raison de prendre l’Italie au sérieux.

Au pays des Chieftains et de U2, on pensait qu’il n’y aurait plus grand-chose à faire tomber des hêtres de Dark Edges. Et pourtant certains petits malins se sont amusés à venir braconner sur les terres de Paul Weller. Malgré un départ en fanfare, on n’a plus trop de nouvelles des Two Door Cinema Club, devenus l’un des plus gros groupes de notre époque malgré un chanteur roux. Les Strypes, de leur côté, ont misé sur les guitares nerveuses et les petites vestes cintrées pour retrouver quelques accents plus rock.

Entre ces deux bandes de jeunes loups aux dents acérées, il y a heureusement un juste milieu avec le barde Glen Hansard, la force tranquille du folk irlandais. Aussi sûr de son fait que le guerrier Paul O’Connell, Hansard compose sur Didn’t He Ramble des chansons simples, solides, où il n’y a jamais rien de trop. Grace Beneath The Pines est fraîche comme le vent qui souffle sur les côtes de Cork. Les accents gospel entourent Her Mercy pour en faire une supplique bouleversante. Winning Streak a la force des grandes embardées de Springsteen, avec attaque franche et hululements pour les chœurs. Celui qu’on a vu (et entendu) pour la première fois lors du film Once a su intensifier son jeu pour devenir aujourd’hui l’un des grands représentants du rock intemporel qui coule depuis le delta du Mississippi jusqu’aux prairies grasses de trèfle irlandais. Aucun doute, les Irlandais seront de la partie pour les phases finales, et même si on souhaiterait voir les Français les croquer, la sérénité de Didn’t He Ramble nous fait dire qu’ils devraient aller très loin.

Même s’ils ont posé quelques problèmes aux Français il y a quatre ans, on ne devrait pas faire grand cas des Canadiens. Pour eux comme pour les Américains, le monde du rugby est en totale opposition avec celui de la musique. Alors qu’on leur doit juste Arcade Fire et Malajube. Et bien entendu au-dessus de tout, le Loner, l’immense Neil Young. Régulièrement qualifiés pour participer aux coupes du monde, les Canucks sont toujours restés sous la barre des phases finales.

Cette année ne devrait encore pas être la leur. Alors qu’ils ont pour eux un atout intéressant : The Chase, le très bon premier album de Groenland. 26 septembre fait danser les cordes et marteler le piano sur un rythme syncopé à la caisse claire. Our Hearts Like Gold a servi de musique pour une pub Apple et montre toute l’étendue du vibrato chaleureux de la chanteuse Sabrina Halde. A la fois indie folk et chaleureusement pop (Criminals), l’album de Groenland est l’une des belles surprises de septembre qu’on a plaisir à écouter en boucle. Et la preuve que les Canadiens ne se réduisent pas aux désossages virils dont Jamie Cudmore est passé maître.

Quant aux Roumains, on ne s’est toujours pas remis de leur invitation à « danser sous les tilleuls ». Ils devraient sans aucun doute garder leur statut d’équipe la plus faible de la poule, voire de l’ensemble de la compétition.

Et enfin, last but not least comme on dit de l’autre côté du Channel, place à nos pioupious à nous. Les coqs ont largement déçu durant ces quatre années, depuis leur passage héroïque en finale de la dernière Coupe du Monde et leur titre loupé à un point face aux All Blacks. Joueurs à la peine, entraîneurs décrédibilisés malgré leur glorieux passé d’internationaux, prestations approximatives et irrégulières : tous les éléments sont rassemblés pour que cette édition soit un beau fiasco pour le XV de France. Si la place en quart de finale est quasiment acquise, on ne devrait pas les voir au stade supérieur, encore moins égaler leur niveau de 2011. Ni même celui des éditions de 1995 à 2007. Bref, c’est la cata.

Or contre toute attente, l’espoir n’est pas perdu chez les froggies. Car l’automne recèle de bien belles surprises musicales dans le camp français. On attendait notamment des nouvelles des chatons de We Are Match, et leur premier album Shores récompense tous les espoirs que l’on avait placés en eux. On avait eu un gros faible pour leur EP Relizane et notamment le titre Violet à la mélodie hypnotique. Ce n’était qu’un galop d’essai, un leurre pour stimuler notre appétit. Le menu de Shores est plus consistant avec The Shark, petite bombe de synth pop à la mélodie sautillante et aux clappements de mains communicatifs. Lors de leur passage au Café de la Danse au printemps dernier, on avait déjà pu découvrir l’irrésistible « Speaking Machines », à la limite de la techno minimaliste. Avec ce premier album enfin paru, les We Are Match franchissent encore un cap en quittant leurs premiers rivages pour mieux s’abandonner au plaisir des distorsions et donner plus de piment à leurs titres. On en ressort ragaillardi et prêt à en découdre avec les défis à venir, gonflés à bloc comme Brice Dulin slalomant dans la défense adverse. Si avec ça le XV de France ne réussit pas ses premiers matchs, ce sera à n’y rien comprendre.

Mais comme la plupart des compositions de We Are Match sont en anglais, il fallait trouver aux rugbymen français un atout supplémentaire, le truc garanti 100% langue de Molière qui leur permettrait de prendre en main en destin et de basculer dans la phase finale en toute sérénité. Il y avait bien la réédition de l’album de Pain-Noir, qui a réussi à trouver des oreilles amies au sein d’une major. Cependant il nous fallait une vraie nouveauté. Elle est tombée du ciel sous la forme d’une chanson écrite par Jean-Louis Murat, excusez du peu, pour l’un de nos protégés : Matt Low. Bassiste au sein du Delano Orchestra, de Garciaphone et des Niandra Lades – dont on attend toujours des nouvelles –, Matthieu Lopez s’est lancé dans son premier EP Banzaï. Voix de velours gainsbourienne, guitares cristallines, rythmes chaloupés à la caisse claire, le premier extrait Blow est déjà une réussite, aussi élégante et racée que le coup de rein de la panthère Noa Nakaitaci au moment de marquer l’essai. Bien sûr, filière auvergnate oblige, on ne garantit pas une victoire en finale. Il faut accepter un peu de chat noir dans ce miracle. Mais au moins les Bleus ont enfin là l’occasion de faire oublier ces quatre années de n’importe quoi et de racheter aux yeux de leur public. Allez les petits !

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