Alela Diane & Ryan Francesconi - Cold Moon

On connaissait Alela Diane pour le ton ordinairement serein de ses chansons et sa poésie d’une grande délicatesse. Il y a deux ans, son album About Farewell avait révélé une nouvelle facette de ses talents par la tristesse dont elle avait imprégné ses chansons.

Puisant dans la douleur qu’elle avait ressentie lors de son divorce, elle s’était livrée comme rarement auparavant, tout en conservant sa retenue et sa dignité habituelles. Un disque d’hiver, en somme, sobre et ascétique, qui la voyait renouer avec le folk dépouillé de ses premiers temps, à rebours de sa tentative d’incursion dans l’americana (& Wild Divine) qui n’avait pas rencontré le succès escompté.

Pendant la tournée qui avait suivi la parution de l’album, Alela Diane attendait un heureux événement et avait réussi à tourner la page. Ses setlists de concerts comportaient des titres de About Farewell, mais une fois allégés de leur contexte, ils restaient parmi les plus émouvants qu’on ait entendus depuis longtemps.

On pensait que la songwriter prendrait tout son temps avec la naissance de sa fille avant de repartir en studio. La voilà déjà de retour avec Cold Moon, un album écrit à quatre mains en compagnie du guitariste Ryan Francesconi. Pourtant ce n’est pas seulement sa nouvelle vie de famille qui aurait pu retenir Alela Diane de composer, mais carrément le syndrome de la page blanche. Peut-être avait-elle trop donné émotionnellement lors de l’enregistrement précédent… Alors quand on connaît une période de sécheresse créative, quoi de mieux que de croiser la route d’un autre artiste atteint du même symptôme ?

C’est ainsi qu’Alela Diane et Ryan Francesconi se rencontrent à un concert, commencent à échanger. Lui, dispose de quelques pages noircies de lignes de guitare mais ne sait pas quoi en faire. Elle commence à poser des mots dessus, retrouve la grâce poétique qui la caractérise et ils en arrivent aux huit titres de l’album. Huit moments de légèreté pure, de folk gracile et aérien. « We never tire of the changing of the seasons » : dès les premiers mots de l’album le ton est donné, l’Américaine au sang indien et l’homme originaire des Balkans se retrouvent autour du socle commun à l’origine de tout et payent leur tribut à Mère Nature (Quiet Corner).

Pendant que Ryan Francesconi tisse à la guitare des tapis d’arpèges fragiles comme des fils de soie, Alela Diane pose sa voix ferme et la propulse doucement sur ses fins de phrases pour faire encore mieux passer l’air entre ses mots. Combinant tous deux leur art des mélodies pures comme l’eau de source et de la musicalité des textes, ils auraient pu se contenter de leurs seules présences. Combien d’artistes rêveraient de composer No Thought Of Leaving ? Tout est dit en deux courtes minutes et de petits escaliers de notes. Ou Shift, qui pourrait être le compagnon de route de tout pèlerin parti à la découverte du monde.

Et pourtant le duo a fait rentrer dans le studio quelques rais de lumière : un peu de trombone (Cold Moon), des cordes et des percussions pour marcher dans les traces des protest songs de Patti Smith (Migration). Plus loin, des grelots et des bâtons de pluie transforment une comptine pour enfants en danse sacrée de la nuit (Shapeless). Le duo conclut en se retrouvant seul pour Roy, un au revoir fidèle à l’esprit de l’album, léger et profondément humain. Si About Farewell était un disque d’hiver, Cold Moon est celui de ces instants où la nuit d’automne laisse une bande de lumière radieuse enflammer doucement l’horizon.

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