Yorkston/Thorne/Khan – Sufi Song (Ecosse / Irlande / Inde)

On connait James Yorkston depuis son tout premier album Moving Up Country paru en 2002. Un exemple d’épure nu-folk aussi précoce que méconnu. L’Ecossais a depuis enchaîné les albums dans un relatif anonymat international, malgré des critiques souvent élogieuses (Magic criait déjà « au génie » à l’époque de Moving Up Country) et un label aussi fidèle que prestigieux (Domino Records). Yorkston poursuit malgré tout son bonhomme de chemin en se frottant cette fois à des univers bien différents du sien : la musique classique indienne, représentée par le chanteur et joueur de sarangi Suhail Yusuf Khan, et le jazz, espace d’expression du contre-bassiste Jon Thorne. En résulte une fusion envoutante et jamais artificielle. Une belle réussite qui rappelle aussi bien le No Quarter de Page & Plant que le Beyond Skin de Nitin Sawhney.

Suivre Yorkston/Thorne/Khan : www.yorkstonthornekhan.com

王舟 (Oh Shu) – Thailand (Japon)

Si Oh Shu est né à Shanghai, il a grandi au Japon en écoutant le jazz de la Nouvelle Orléans, puis plus tard des groupes tels qu’Oasis ou X Japan (un groupe de métal local)… Ajoutez à cela la participation à un groupe de bossa nova et vous vous rendrez compte combien il est difficile de cerner les influences de ce jeune artiste qui a déjà composé deux LP, Wang en 2014 (dont est tiré ce titre), et Picture paru tout début 2016.  Sa musique est une pop lumineuse et ludique, aux tonalités tantôt jazzy, tantôt funky. Et si elle paraît parfois un peu trop lice (on reste au Japon…), la production d’Oh Shu ménage toujours des surprises qui ravive l’attention autant que l’intérêt de l’auditeur. Une musique sans prétention mais non sans ambition en somme.

Suivre Oh Shu : www.ohshu-info.net

Roth Bart Baron – England (Japon)

L’univers musical de Roth Bart Baron est résolument cinématographique ! Le second album de ce duo japonais est d’ailleurs inspiré des films de science-fiction des années 80/90 que regardaient les membres du groupe enfants (ils évoquent Alien et Terminator, on y ajouterait volontiers Total Recal ou Akira). Enregistré à Montreal dans le studio qui a vu passer Godspeed You! Black Emperor, Owen Pallett ou Arcade Fire,  Atom en a hérité un son ample, parfois même massif, faisant la part belle à la voix aigüe de Masaya Mifune et aux instruments classiques (cordes et cuivres). Une association qui fait furieusement penser à un Bon Iver qui aurait été embauché pour composer la bande son du prochain Miazaki en version cyberpunk…

Suivre Roth Bart Baron : www.rothbartbaron.com

Artur Rojek – Beksa (Pologne)

Figure du rock polonais avec son ancien groupe Myslovitz, fondateur et directeur artistique du OFF Festival de Katowice, Artur Rojek s’est distingué plus récemment avec un premier album solo qui a connu une belle reconnaissance dans son pays. Naviguant entre indie rock et expérimentation pop, la musique de Rojek intrigue par sa variété. Elle témoigne de la liberté d’un artiste qui a souhaité, après vingt ans de succès, se débarrasser du carcan qu’incarnait son groupe pour se recentrer sur lui-même. Quelque part entre The National, les BO de David Lynch et Get Well Soon, Rojek se révèle et irradie sur scène, comme en témoigne les nombreuses vidéos disponibles sur la toile. De quoi donner envie de faire un détour par la Pologne pour découvrir le monsieur en live !

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Yuna – Falling (Malaisie)

Si je vous dis : artiste féminine à la voix feutrée, musicalement influencée par Feist, ayant collaboré avec Pharell Williams et Theophilus London et dont le second album (international) Nocturnal est sorti sur le prestigieux label Verve… difficile d’imaginer que je vous parle là d’une artiste malaysienne, non ? Et pourtant c’est bien de ce lointain pays d’Asie du Sud-Est que vient Yuna ! Se décrivant elle-même comme un « croisement entre Mary Poppins et Coldplay », la jeune femme produit une pop soul jazzy qui rappelle Lianne La Havas, Laura Mvula ou Janelle Monae. Elle brille également par ses tenues qu’elle dessine elle-même, portant donc une double casquette de musicienne et de créatrice. Pas mal, non ?

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Fadaul (Fadoul) – Si Redad (Maroc)

Vous aurez sûrement reconnu le classique Papa’s Got a Brand New Bag de James Brown dans une version quelque peu surprenante. Il s’agit là de l’oeuvre de Fadaul (ou Fadoul), le « James Brown marocain ». Cet artiste décédé au début des années 90 a enregistré en 1971 Al Zman Saib, qui restera sûrement le premier album de funk marocain ! Ce disque serait probablement tombé dans l’oubli, si un jeune producteur allemand ne s’était pas donné pour mission de remonter à la source de cet album hors du commun pour lui offrir une réédition 45 ans plus tard. La suite de l’histoire racontée par Rebecca Manzoni

Ecouter Al Zman Saib sur bandcamp

Khun Narin – Lam Phu Thai #2 (Thaïlande)

Vous ne vous êtes pas encore remis du funk marocain, attendez de découvrir le psychédélisme thaï ! Imaginez un village de campagne thaïlandais, quelques musiciens assemblés autour d’instruments plus ou moins locaux mais surtout électrifiés, ajoutez un sound system bricolé et des rifs incendiaires répétées à l’envie, et vous obtiendrez la recette de l’album de Khun Narin, groupe improbable et fascinant qui réalise avec les moyens du bord une musique instrumentale de transe électrique qui n’est pas sans rappeler le blues rock touareg. Fascinant !

Ecouter l’album de Khun Narin sur bandcamp

William Elliott Whitmore – Civilizations (Etats-Unis)

Gros bras plein de tatouages, voix rocailleuse à en rendre jaloux Tom Waits et paroles teintées de « no future », William Elliott Whitmore est un white farmer poète qui compose des albums rêches et décharnés comme le cul d’une vache malnutrie. Trouvant ses racines au coeur d’une Amérique héritière des colons, besogneuse et peu encline au progrès, Whitmore est la version péquenaude d’un Ray Lamontagne, la classe en moins, l’authenticité en plus. Ecouter William Elliott Whitmore, c’est se faire du bien avec presque rien, une voix qui prend aux tripes, quelques arpèges de banjo ou quelques accords de guitare bien sentis, et des paroles à foutre le cafard à Kev Adams…

Suivre William : williamelliottwhitmore.com

Monika – Babyboy (Grèce)

C’est à croire que la crise grecque inspire sa jeunesse : on a rarement vu émerger autant d’artistes hellènes sur la scène internationale qu’en ce moment ! Un mal pour un bien ? Pas sûr que la population l’entende de cette oreille, d’autant que ces artistes profitent souvent de leur notoriété naissante pour aller voir ailleurs que chez leurs compatriotes si l’herbe n’est pas plus verte et les dollars plus abondants. La preuve avec Monika Christodoulou, aka Monika qui, après avoir percé sur la scène athénienne, a traversé l’Atlantique pour enregistrer son troisième album Secret In The Dark à Brooklyn. Et que donne ce passage du côté ricain de l’océan ? Eh bien un album ô combien jouissif, largement inspiré du disco-funk des 70’s, et qui comporte quelques petites bombes comme le morceau titre Secret In The Dark, ce Babyboy, ou Shake Your Hands où l’on peut entendre Andrew Wyatt des inestimables Miike Snow. De quoi l’attendre de pied ferme, elle qui entame dans les mois qui viennent une tournée française !

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Souad Massi – Bima El Taaloul (Algérie)

De Souad Massi, on avait passionnément aimé le troisième album Mesk Elil. Ses mélodies, ses influences multiples, ses collaborations (en particuliers celle avec Daby Touré)… et la voix de Souad, enchanteresse, divine, inspirée et inspirante. On avait aimé surtout cette autre idée de la musique algérienne, belle, intime, authentique, une musique joliment produite mais pas pour autant calibrée pour la bande FM… La Joan Baez algérienne était de retour en 2015 avec un projet particulier : la mise en musique de grands poètes de langue arabe. Et si vous ne serez peut être pas en mesure d’apprécier les textes (c’est malheureusement notre cas), il faut saluer cette démarche quasi politique et qui vise à donner une autre image de la culture arabe, éclairée, tolérante et avant tout amoureuse des arts, de tous les arts. N’en déplaise à ceux qui voudraient nous laisser entendre le contraire…

Suivre Souad : www.facebook.com/Souad.Massi

 

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