©François Jalicot

Quand un jeune loup de la scène rock française se présente au Café de la Danse, le succès est immanquablement au rendez-vous. L’an dernier, Joseph d’Anvers livrait un concert énergique et mémorable dans une salle comble. Cette année, c’est Arman Méliès qui se prête à l’exercice après avoir publié Vertigone, un nouvel album marqué par les riffs tranchants et les textes enflammés. Soir de liesse, donc, au Café de la Danse qui annonçait une nouvelle fois complet et prouvait l’amour du public pour les textes en français, malgré l’inflation du nombre d’artistes hexagonaux écrivant en anglais. Voilà qui pourrait inspirer nos chers académiciens.

Placé dans la droite lignée de Dominique A et Jean-Louis Murat, Arman Méliès s’est fait un beau nom depuis qu’il a lancé sa carrière solo il y a une dizaine d’années. Moins velouté que Bertrand Belin et plus hétéroclite que Joseph d’Anvers, Méliès est ce chaînon manquant qui déborde un peu du cadre du rock français traditionnel pour tenter des incursions dans d’autres styles (psyché, post-rock…), au point de laisser régulièrement les instruments s’exprimer seuls. En revenant dans Vertigone au rock sauvage des premiers albums, Arman Méliès est à nouveau droit et tranchant comme une lame de Tolède, et c’est exactement ce qu’il incarne sur scène en trio en compagnie de deux hommes à tout faire, l’un aux claviers et saxo, l’autre à la batterie et aux samples (et un peu au saxo aussi, il n’y a pas de mal à se faire du bien).

©François Jalicot

Le ton est donné dès les premières notes déglinguées, pas de deux bancal entre la guitare et le clavier, porté par un martèlement à la caisse claire, avant de céder la place aux accords ténébreux et tendus de Mercure. Arman Méliès maintient fermement les rênes de ses chansons pour qu’elles ne s’emballent pas tout de suite, le saxo évitant les pièges pour insuffler juste ce qu’il faut d’humanité dans A deux pas du barrage. Puis vient la supplique déchirante de Tessa, avec ses cymbales giflées, la guitare nerveuse et les nappes de clavier pour amener un peu de légèreté. Jusqu’ici peu disert, Arman Méliès se décoince enfin un peu et attaque de sa voix claire et engagée son single Constamment je brûle, soutenu par le saxo toujours dans la retenue et une batterie explosive. On a à peine le temps de respirer et le trio enfonce le clou pour un Fuir (La Belle échappée) absolument incandescent : beat électro, harmoniques distordues à la guitare, et une longue partie instrumentale abrasive en coda. Déjà acquis à la cause, le public du Café de la Danse exulte, ravi d’être pris dans un tourbillon sonore d’une telle ampleur.

©François Jalicot

Arman Méliès calme un peu le jeu avec les arpèges délicats des Chevaux du vent fou, belle complainte aux accents de folk balkanique soutenue par d’élégantes timbales frappées aux maillets et un saxo joliment dissonant pour porter la voix fiévreuse du chanteur, légataire des meilleures heures de Bertrand Cantat. Le groupe augmente à nouveau le volume dans le pont et accélère le rythme en passant à Fort Everest, autre grand titre de Vertigone où Arman Méliès donne un beau cours de rock français bien équilibré dans ses harmonies et sa rythmique. Il conclut le set avec Le volcan, même, titre follement ambitieux de près d’un quart d’heure au bord de la rupture où il mêle accords d’orgue, larsens, saxo désespéré et batterie tentaculaire pour un post-rock à tomber à genoux.

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Pour le rappel, le trio brûlera le peu d’énergie qui lui reste dans l’un des premiers grands titres d’Arman Méliès, Mon plus bel incendie, où l’on retrouve des accents de nos chouchous d’Elista, et un titre du précédent album, Silvaplana / Röcken / Schwarzwasser / Der Antichrist. L’intitulé est long, la chanson aussi, mêlant quatre mouvements en un comme un grand poème symphonique où la place de choix serait laissée aux instruments amplifiés pour un embrasement progressif et total. Audacieux, inspiré, et même un peu gonflé, Arman Méliès installe peu à peu sa marque et devient l’un des grands noms d’aujourd’hui.

Qui a dit que le rock français était mort ?

Setlist :
Intro / Mercure / A deux pas du barrage / Tessa / Constamment je brûle / Fuir (La Belle Echappée) / Les chevaux du vent fou / Fort Everest / Le volcan, même / Rappel : Mon plus bel incendie + Silvaplana / Röcken / Schwarzwasser / Der Antichrist

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Crédit photos : ©2016 François Jalicot. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.
 

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