Bloc Party @ Trianon – 03/03/16 

Publié par le 18 mars 2016

Bloc Party

Ah, le début des années 2000 et la mode des « groupes en the »… Aujourd’hui on en rigole bien, ceux qui sont encore vivants se comptent sur les doigts de la main. Pourtant à l’époque on aurait donné n’importe quoi pour être débarrassé de cette épidémie, qui a surtout fait naître des groupes médiocres. Heureusement, au milieu de ce marasme, un premier album a fait l’effet d’une bombe à sa sortie : avec Silent Alarm, Bloc Party faisait une entrée fracassante dans le grand siècle des groupes rock et devenait l’un des poids lourds du genre. Désormais attendu au tournant, le groupe a livré des albums irréguliers, alimenté quelques rumeurs de séparation, et retrouvé une certaine sérénité il y a trois ans avec l’album Four. Maintenant que la section rythmique a été renouvelée, que peut-on attendre aujourd’hui de Bloc Party ?

Le groupe a beau avoir rempli l’Alhambra il y a trois mois, la foule se presse pour voir ou revoir ses héros londoniens au Trianon. La salle n’est pas complètement pleine, mais la fosse a des airs de fête avec un public prêt à en découdre. Le quatuor monte sur scène et l’on peut déjà constater à l’applaudimètre qu’il est toujours aussi plébiscité, avec un Kele Okereke plus charismatique que jamais (même s’il paraît avoir abusé de la muscuuuu chère à la Boucherie Ovalie et ressemble désormais plus à un troisième-ligne de rugby).

Bloc Party s’attelle aussitôt à la tâche avec un extrait de son nouvel album, Hymns : sur Only He Can Heal Me, Kele sample sa voix, Russel Lissack et Justin Harris se concentrent sur les bruitages aux claviers tandis que Louise Bartle, la nouvelle batteuse, impose un rythme syncopé infernal. Comparé aux précédentes chansons du groupe, le titre paraît un peu fade, mais Kele fait le job en exhortant le public – qui n’en avait guère besoin. Le quatuor continue avec Octopus et ses riffs dévastateurs et le parquet de la fosse se transforme en trampoline. Retour au nouvel album avec le titre Virtue, où Bartle s’affirme comme une batteuse de grand talent avec sa frappe sèche et parfaitement millimétrée. Gêné par les interventions quelque peu musclées du service de sécurité pour calmer des spectateurs trop expressifs, Kele fait une mise au point au micro, approuvé par le reste du public.

Bloc Party - Pias Nites

C’était probablement le déclic nécessaire car on retrouve le Bloc Party que l’on aime alors qu’il revient à son éclatant album A Week-End In The City, et le public en rugit de bonheur : Waiting For The 7:18 avec sa délicate intro au xylo et son déferlement sonore sur le refrain, puis Song For Clay (Disappear Here) et son ambiance sombre où Kele fait des merveilles avec sa voix de tête et Lissack fait gronder sa Fender avec sa poignée à slide. Le groupe opère alors un fondu-enchaîné en attaquant son énorme single Banquet : Bartle impose un rythme martial aux toms, Harris fait rebondir les notes sur sa basse avec souplesse, les guitares ferraillent dans un duel à mort.

Détendu, Kele échange quelques mots avec le public, et Harris au clavier revient à l’époque Intimacy en laissant résonner les premiers accords saccadés de One More Chance, aussitôt rejoint par la voix magique du chanteur pour un refrain exalté. Le groupe retourne ensuite un peu plus en arrière avec 2 More Years, titre bonus de Silent Alam et typique de Bloc Party avec ses lignes de guitare trempées dans l’acier. Louise Bartle imprime un tempo brûlant en giflant ses cymbales et son charley, Kele ensorcelle la salle de son timbre velouté. Le groupe marque une petite pause en se lançant dans un autre extrait du nouvel album : Kele se met lui-même au clavier pour la mélodie mélancolique de Different Drugs. Un peu mou du genou, le titre est vite oublié mais le groupe se rattrape en mettant le paquet sur Hunting For Witches et Positive Tension, deux chansons qui ont contribué au sacre de Bloc Party et dont l’énergie gigantesque rejaillit sur toute la salle qui scande les refrains en chœur.

Bloc Party

Pour conclure le set, le groupe lance The Love Within, premier single aux accents électro-pop du nouvel album, surprenant et presque facile au regard des compositions habituelles du groupe. Ils reviendront rapidement pour le rappel et livreront une version électrisante du Heroes de Bowie, menée de main de maître par Bartle et la basse bien ronde de Harris. Lâchant définitivement les chevaux, Bloc Party attaque alors coup sur coup Helicopter et Ratchet à la rythmique épileptique et aux guitares acérées. Enfin le groupe quittera la scène comme à son habitude sur les époustouflants bariolages et la diabolique montée en puissance de This Modern Love, sûrement l’une des meilleures chansons de la bande à Kele.

Bien que la prestation fut courte (1 heure) pour un groupe avec cinq albums au compteur et un capital sympathie toujours aussi élevé, Bloc Party reste une fine lame du monde du rock et ses deux nouvelles recrues ont fait oublier le fantasque Matt Tong et le sage Gordon Moakes. Et si le nouvel album semble moins nerveux que ses prédécesseurs, les Londoniens ont ravi leurs fans en balayant allègrement leurs chansons au style racé. Bloc Party mord encore.

Setlist :
Only He Can Heal Me / Octopus / Virtue / Waiting For The 7:18 / Song For Clay / Banquet / One More Chance / 2 More Years / Different Drugs / Hunting For Witches / Positive Tension / The Love Within / Rappel : Heroes (Bowie) + Helicopter + Ratchet + This Modern Love

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Bonus (et quel bonus !)

Retrouvez l’intégralité du concert grâce à Arte Concert !

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Crédit photos : ©2016 Arte Concert
 

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