Aldous Harding par Jean-Marc Ferre

Une soirée sous le signe de la douceur, pas facile pourtant avec une actualité si triste. Concentrons nous sur la musique pour provoquer le positif. D’abord Agua Roja qui nous prend aux tripes puis Aldous Harding qui nous emmène loin… Récit d’une soirée mémorable.

Tout commence dans un lieu encore inconnu pour nous : l’Archipel. Ce « lieu d’innovations collectives » à l’activité prolifique nous laisse sans voix. Sans détours, nous commençons notre soirée au bar et là bonne surprise : pas de verres consignés pour des pressions classiques, mais des bières parisiennes Gallia et une adhésion d’un euro symbolique à l’association pour ne par faire du bar un endroit clandestin. Meubles en palette et peintures murales, rien de plus authentique. Nous sommes dans de bonnes dispositions pour découvrir les artistes de ce soir. En avant la musique mais d’abord, deuxième claque : la salle principale ! Moitié bibliothèque, moitié église, nous sommes immédiatement sous le charme. Apaisés en entrant dans cette pièce, on s’assoit sagement par terre en discutant pour attendre Agua Roja.

Aldous Harding par Jean-Marc Ferre

Certes ce groupe n’est pas exclusivement féminin. Mais il a amplement sa place dans le festival ! Une chanteuse, un guitariste et un « machiniste », comprenez un homme avec un ordinateur et un clavier . Un « Bonsoir » très amical et un peu intimidé annonce la première chanson. La première chanson. Qui sommes nous, où allons nous ? On ne sait plus, déjà perdus dans la voix magistrale de la chanteuse qui nous emmène et nous fait rêver. Elle nous le dit d’ailleurs très vite : « you’ve got to let it go ». Aucun problème.

Les chansons s’enchaînent avec équilibre, entre deux « merci » et on ressent toujours la même sensation de bien être. Des envolées lyriques et des notes de surf musique, des rythmes forts et une gestuelle aérienne, tout est là. On avoue avoir habituellement du mal avec les ordinateurs sur scène qui rappellent souvent l’absence des instruments qu’ils imitent. Pourtant ici, la profondeur était là et donne au groupe un air de folk 2.0, avec un semblant d’accent de Moriarty.

Fin du concert, on prend deux minutes pour discuter avec les membres du groupe qui se révèlent complémentaires. Trois musiciens d’horizons différents : rock électronique et blues. Des origines différentes pour un son symbiosé. Agua Roja est un jeune groupe, on fêtait hier soir le premier anniversaire de leur EP et certaines chansons n’en étaient qu’à leur début sur scène, mais nous ne doutons pas d’un succès imminent. Vous cherchez un groupe pour fêter les beaux jours qui arrivent ? Accueillir le prochain automne sereinement ? Affronter l’hiver en bonne compagnie ? Plus la peine.

Aldous Harding par Jean-Marc Ferre

Que dire alors d’Aldous Harding, une chanteuse qui définit sa musique comme « Gothic/acid folk » ? Nous sommes totalement d’accord, et immédiatement séduits! C’est également une découverte et nous sommes à nouveau transporté dès les premières notes. Touchés et amusés également, par cette personnalité énigmatique au regard perçant. Insoutenable légèreté  qui nous prend dès les premiers instants où la jeune femme nous livre son répertoire d’une voix tremblante accompagnée de sa guitare.

Avec des arpèges en folie, des chansons en forme de poèmes et un accent néo zélandais particulier, Aldous joue un folk authentique pendant la première partie de son concert. Touchant, pur, doux, son set sonne toujours juste. Elle finit par poser sa guitare pour entamer la deuxième partie du concert. « Ready ? I’m not ». Aldous Harding nous donne ici la parfaite illustration de sa musique : chanter semble parfois comme une douleur physique mais c’est toujours parfaitement harmonieux et cela semble essentiel, viscéral pour elle et aussi frêle qu’elle puisse paraître, elle nous envoûte haut la main.

Aldous Harding par Jean-Marc Ferre

Arrive donc un claviériste. Grand, fin, le cheveu long, il accompagne la chanteuse jusqu’à la fin et le concert prend un tournant un peu plus épais. Elle nous a prié de « ne pas prendre peur devant ce qu’elle s’apprête à faire, elle qui est souvent effrayée ». Bien, mais comment pourrait-on faire autrement… Qu’adorer cette performance ? Debout au milieu de la scène avec des gestes mystiques elle est digne et ses chansons…… Nous ne sommes pas les seuls puisque les ovations n’ont eu de cesse de s’enchaîner.

Bilan : une soirée sous le signe du coup de cœur et des groupes bien assortis. La suite du festival s’annonce mieux que bien !

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Crédit photos : ©2016 Jean-Marc Ferre.
 

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