Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

Début avril, j’avais rendez-vous au Marché Gare avec la nouvelle sensation de la scène rock française Grand Blanc. Découverte d’un nouveau groupe donc, mais également d’une nouvelle salle… un cocktail risqué qui pouvait laisser espérer le meilleur comme le pire. Mais ce fut bien le meilleur qui m’attendait dans les anciens bâtiments administratifs du Marché de Gros lyonnais.

A mon arrivée dans la salle, un public fervent attend avec fébrilité l’entrée du groupe. Jeunes branchés et fans plus âgés se pressent pour être aux premières loges lorsque Camille, Benoît, Vincent et Luc débarquent souriants sur scène. Rien ne laisse présager du déferlement qui va nous assaillir. Lorsque débutent les premières notes de Surprise Party, le décors est planté : basses lourdes, rythmique métronomique et la voix envoutante de Camille qui nous accompagneront pendant l’essentiel du concert.

Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

Mémoires Vives, premier album du groupe paru en février, a marqué les esprits en puisant directement dans le son électro-rock le plus sombre des 80’s. Bashung et Joy Division sont systématiquement convoqués pour décrire leur univers musical. J’y ajoute volontiers The Cure (période Pornography) ou encore le Noir Désir des débuts… Entre puissance du verbe et de la musique, Benoît et Camille chantent la ville oppressante, l’oubli de soi dans la frénésie de la danse, l’absence de perspective d’une jeunesse en panne d’aspirations.

Mais sur scène, une composante du groupe qui m’avait jusqu’alors échappé me saute aux yeux : et si Grand Blanc était le renouveau du « rock prolo » ? Et si le quatuor était bien plus l’héritier du Bérurier ou de Trust que de Bashung ? Car si les paroles ne sont pas aussi directement contestataires que celles de ces monuments du post-punk français, elles racontent de la même manière le désenchantement d’une jeunesse qui a perdu tout espoir dans le système, qu’il soit politique, économique ou social.

Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

Benoît incarne d’ailleurs à merveille l’icône prolétaire du siècle passé : entre le Vincent Cassel de la Haine et le De Niro de Taxi Driver, le jeune homme habite sa musique sans phare ni artifice. Elle est comme une rage intérieure contenue qui finit par s’extérioriser au fur et à mesure des morceaux. Si le jeune homme achève le concert torse nu, c’est moins pour s’exhiber que pour faire corps avec le public déchaîné qui lui fait face.

Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

Camille, elle, est l’atout charme du groupe. Corps androgyne qu’elle n’hésite pas à dévoiler avec une robe dès plus sensuelle, mouvements lascifs et voix haut perchée, elle fascine et envoute comme le ferait une sorcière en plein sabbat. Si entre les morceaux elle n’hésite pas à partager avec le public sa joie d’être sur scène, elle semble possédée dès que la musique résonne. Et lorsque ces deux-là allient leurs forces, comme sur le puissant Vertigo, c’est à une véritable transe rock que nous convie alors Grand Blanc.

Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

Mais ce duo ne serait rien sans la section rythmique qui « discrètement » mais certainement bastonne les oreilles de la foule. Au point d’ailleurs que le début du concert est quelque peu gâché par des problèmes de son, les basses saturant les enceintes de la salle. A cela s’ajoute des soucis de retours qui viendront même interrompre le concert pendant quelques minutes. Ces quelques problèmes techniques sont cependant rapidement réglés, et l’on peut enfin discerner avec plus d’acuité les claquements du médiator de Vincent sur les cordes de sa rickenbacker, accompagnés par la batterie synthético-mécanique de Luc.

Grand Blanc @ Marché Gare - 08/04/16

A eux quatre, les Grand Blanc offrent un spectacle d’une rare intensité, mais également d’une désarmante honnêteté. Sans surprise, le public le leur rend bien, jusqu’à envahir la scène sur Samedi la nuit. Le groupe nous laisse hébétés sur un Montparnasse visiblement attendu, titre qui me renvoie étrangement à une vi(ll)e que j’ai quitté il y a à peine quelques mois.

Drôle d’entrée en matière pour mon premier concert en tant que Lyonnais… Je quitte la salle convaincu que ces gamins ont un bel avenir devant eux, et moi de nombreux concerts à venir dans ma nouvelle patrie d’adoption !
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Crédit photos : ©2016 B. Barnéoud. Toutes les photos de la soirée sont disponibles ici.

 

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