Marlon Williams - LP

Depuis quelques années déjà, la Nouvelle-Zélande semble bien être devenue le nouvel eldorado de la musique. Ses pépites les plus remarquables s’appellent Tiny Ruins, Aldous Harding, French For Rabbits ou encore Nadia Reid. Il faut désormais également compter avec Marlon Williams. Un songwriter et chanteur incroyable qui m’avait beaucoup touchée lors de son passage sur la terrasse du Petit Bain l’année dernière avec la délicieuse Aldous, et qui m’a définitivement conquise lors de son récent concert au Pop-Up du Label.

Troubadour des temps modernes, Marlon Williams paraît à seulement vingt-cinq ans avoir déjà vécu cent vies. Encore quasiment inconnu de ce côté-ci de la planète, l’artiste jouit d’une renommée certaine à l’autre bout du monde (il a ainsi reçu l’an dernier les New Zealand Awards du meilleur artiste masculin et de la révélation de l’année !). Avec un père maori chanteur dans un groupe punk, Marlon est plongé dans la musique dès son plus jeune âge. Enfant de chœur à la cathédrale de Christchurch, il grandit en écoutant Gram Parsons et Townes Van Zandt, forme au lycée son premier groupe, The Unfaithful Ways, puis à peine passé le cap de la vingtaine, lance un duo de country avec Delaney Davidson.

De ces premières aventures collectives, quatre albums sont nés. Fort de ce solide héritage musical, le jeune homme déménage à Melbourne et décide de se lancer en solo. Il nous offre ainsi aujourd’hui son premier opus sous son seul nom, opus sobrement intitulé Marlon Williams. Un album qu’il est allé enregistrer sur son île natale avec son ami et coproducteur Ben Edwards et ses compagnons de route les plus proches (notamment Ben Woolley de The Unfaithful Ways à la basse, Delaney Davidson à la guitare, Joe McCallum à la batterie et bien sûr Aldous Harding aux chœurs), et qui après une sortie régionale (Australie/Nouvelle-Zélande) en 2015, bénéficie désormais d’une diffusion internationale. Un album remarquable qui vient synthétiser de la plus belle des façons un parcours musical d’ores et déjà incroyablement riche.

En 9 morceaux dont 3 reprises impeccablement choisies (la renversante complainte traditionnelle When I Was A Young Girl immortalisée par Nina Simone, l’injustement méconnu Silent Passage du canadien Bob Carpenter et l’irrésistible I’m Lost Without You de Teddy Randazzo), Marlon réussit à façonner un incroyable voyage à travers les genres et les époques. Folk, country, soul, bluegrass, blues, rien ne résiste au talent du jeune homme qui ose fièrement la multiplication des styles. De la mélodie enflammée du titre d’ouverture Hello Miss Lonesome, bande son parfaite d’un western imaginaire, à la sobriété bouleversante du dernier morceau Everyone’s Got Something To Say, l’éclectisme est clairement assumé.

Une diversité qui loin de déstructurer l’œuvre lui apporte au contraire toute sa richesse, chaque titre constituant le chapitre d’un roman passionnant du début à la fin. Un roman où il est question d’amour, de la famille, du temps qui passe, des grands et petits drames de la vie. Si le propos est plutôt sombre et mélancolique (la solitude y est un thème récurrent), le songwriting reste captivant. Conteur hors pair, Marlon parvient à donner à chaque morceau une universalité qui permet à l’auditeur de se l’approprier instantanément. « Each song is a character. Even if it’s a very personal song, once it‘s written it doesn’t belong to me » reconnaît d’ailleurs volontiers l’intéressé.

Une appropriation immédiate qui au-delà des paroles et de la musique passe aussi et avant tout par le chant. Magnifique et totalement irrésistible, la voix du néo-zélandais accompagne en effet à merveille ses textes. Quelque part entre les Buckley (père et fils) pour la sincérité de l’émotion partagée (Everyone’s Got Something To Say, When I Was A Young Girl) et Elvis Presley pour sa tessiture de crooner (I’m Lost Without You), la voix du chanteur impressionne par sa maîtrise et son étendue. Comme venue d’un autre temps, elle constitue sans aucun doute la véritable clé de voûte de l’album, le fil conducteur qui lui apporte sa cohérence d’ensemble à travers toute la multiplicité des histoires racontées et des grands espaces traversés. Fascinant.

« C’est un album d’amoureux de la musique. Il vient de mon amour pour la musique que les gens, je pense, devraient écouter » explique Marlon. Un résumé parfait pour décrire l’essence de ce très beau disque, qui, loin de tout effet de mode, s’affirme comme un classique intemporel. Une découverte essentielle à savourer les yeux fermés, à l’abri du bruit et de l’agitation de notre monde moderne.

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Un titre : Everyone’s Got Something To Say
Le site : www.marlonwilliams.co.nz
Pour écouter l’album : sur deezer par exemple

Bonus

Très jolie session acoustique filmée par les amis du Cargo ! en février dernier.

 

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