Prenant tout le monde de la pop à revers, The Magnetic North sortait en 2012 un album plutôt osé : aérien, fragile, Orkney : Symphony of The Magnetic North renouait avec la haute idée que l’on peut se faire de la pop de chambre anglaise. Ainsi l’héritage de nos éternels chouchous Divine Comedy ou Gravenhurst n’était pas perdu. Dire que la suite de leurs aventures était attendue est en deçà de la vérité, on trépignait sur place depuis l’annonce de leur passage à Paris pour une soirée spéciale Full Time Hobby.

Avant de s’envoler pour les confins de l’Ecosse, petit détour par le Canada avec les sombres embardées électro-pop de Dralms. Pas de guitare, mais un empilement de claviers pour des nappes d’accords glaçants, une batterie pour solidifier l’ossature, et surtout une basse ronde, souple, charnue pour le groove. Ça n’a l’air de rien comme ça, une bonne basse. On a même souvent tendance à considérer cet instrument comme le pilier qu’on ne voit plus, au point que certains s’en passent carrément. Mais chez Dralms, c’est l’élément-clé, celui qui fait que la voix douce de Christopher Smith est propulsée dans les airs. On le comprend aisément dans Pillars & Pyre, Usage et bien entendu le single Shook : l’atmosphère cotonneuse et épaisse et le chant envoûtant de Smith nous enveloppent pour qu’on s’y perde. Et soudain, un phare dans la nuit : la basse, sensuelle et généreuse, qui permet de retrouver ses pas.

Avec ses cheveux courts et son pantalon façon caddie de golf, Smith a des faux airs de Tintin de l’électro, discret mais déterminé. Les rythmes syncopés à la batterie rendent coup pour coup aux riffs de basse (Domino House, My Heart Is In The Right Place). Après avoir été l’une des sensations des dernières Transmusicales de Rennes, d’aucuns ont eu tôt fait de comparer Dralms à Radiohead ou Portishead. Humble, le jeune Christopher Smith se garde bien de jouer ce jeu-là. D’ailleurs, pour convaincant qu’il fut, le set de Dralms donnait légèrement la sensation de tourner en rond autour des mêmes harmonies. On espère donc revoir vite Smith et sa bande pour nous faire une idée plus précise de ce que le jeune homme a dans le ventre, il y a des chances qu’on compte sur lui à l’avenir.

Quand les Magnetic North s’installent à leur tour, on a l’impression de les avoir quittés la veille. Erland Cooper et sa façon de jouer les jambes en ciseaux, le sourire désarmant et la voix envoûtante d’Hannah Peel, et Simon Tong au geste économe mais précis. En entamant le set avec Stromness et Bay Of Skaill, les deux premiers titres majestueux d’Orkney, The Magnetic North reprennent les débats où ils les avaient laissés : sur un tapis de legati moelleux aux violon et violoncelle, Peel et Cooper chantent les récifs des légendaires îles Orcades disparues dans la brume. Le tout illustré de petits films du début du XXe siècle montrant la vie rude dans cette région de marins.

Heureux d’être de retour à Paris, le groupe annonce clairement la couleur : d’abord un retour sur le premier album et ensuite place aux chansons du nouveau LP Prospect Of Skelmersdale. On redécouvre alors avec les quelques titres d’Orkney qu’ils interprètent ce qui nous avait tant plu : l’impression de marcher dans une lande de hautes herbes fouettées par le vent distillée par les subtils martèlements de maillets aux toms, la guitare qui joue les broncos sauvages (Ward Hill), les mélodies tissées entre les claviers d’Hannah Peel et les trémolos des cordes (Rackwick). Après un Hi Life au parfum d’électro foutraque, le groupe passera au dernier extrait du premier album avec Old Man Of Hoy et sa mélodie doucement chuchotée à la guitare alternant avec une boîte à musique.

Il était donc temps de passer aux nouvelles chansons, et c’est un héros très discret qui est mis à l’honneur dans Prospect Of Skelmersdale. Car après les îles écossaises chères au cœur d’Erland Cooper, c’est l’histoire de la famille de Simon Tong qui est racontée dans cet album. En effet, symbole du renouveau de l’Angleterre pendant l’après-guerre, la ville de Skelmersdale s’était vidée à la suite des chocs pétroliers et de la politique thatchérienne, jusqu’à ce que la communauté du Maharishi Mahesh Yogi (celui qui avait allégé les portefeuilles des Beatles en 1967/68) y prenne ses quartiers, attirant ainsi toutes les personnes en quête de méditation transcendantale – dont les parents de Tong. Le groupe dévoile alors une autre de ses facettes en abordant un style plus pop, à l’image de son single Signs. Plus enjoués, les titres reprennent la base guitare-basse-clavier-batterie.

Sur Pennylands, Simon Tong joue des démanchés sur le manche de sa Fender, en accord avec les staccatos des cordes. Sourire en coin, Cooper annonce de sa voix caverneuse A Death In The Woods, qui n’effraie personne mais évoque par ses arpèges au clavier une douce mélancolie, déjà perçue par exemple chez Yann Tiersen. Sur le mur, les films ont aussi changé, montrant des individus habillés en tergal et une ville anglaise des années 70 où l’on sent que les ados ont dû s’ennuyer ferme. La fin du set restera dans les mêmes tons pop où harmonies nostalgiques et rythmique affirmée se mélangent pour le meilleur. Le groupe reviendra évidemment pour un petit rappel, un peu court mais l’on peut dire que le trio a dépassé nos attentes en faisant légèrement évoluer son style vers une pop plus immédiate et toujours aussi douce. Et si certains titres accrochent moins que d’autres, le trio fait quand même partie des grands mélodistes de notre époque. On a hâte de savoir vers quelle destination ils nous emmèneront la prochaine fois.

Setlist :
Stromness / Bay Of Skaill / Ward Hill / Betty Corrigal / Rackwick / Hi Life (Syd Matters) / Old Man Of Hoy / Jai Guru Dev / Pennylands / A Death In The Woods / Signs / Little Jerusalem / Remains Of Elmer / Rappel : Exit

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Crédit photos : ©2016 Francois Gall
 

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