Anna B Savage - EP

Un nom recommandé par un ami, la découverte d’une voix incroyable, une décharge émotionnelle brute et foudroyante ressentie dès les premières minutes. Voilà comment tout a commencé entre Anna B Savage et moi. C’était en février 2015. Depuis lors, la musique de la jeune anglaise ne m’a plus jamais vraiment quittée. Mais lorsque l’émotion éprouvée est si forte et si intime, il devient difficile de trouver la distance et les mots justes pour écrire. Il n’y a alors d’autre choix que d’attendre. Cela m’aura pris un peu plus d’un an. Le moment est venu, il était temps !

Anna B Savage. Originaire du nord de Londres, la jeune femme a sorti l’an dernier 2 EPs : un premier fin mai, produit avec l’aide du fidèle ami DM Stith, et simplement intitulé EP, puis un second en novembre intitulé Live at Cafe Oto car enregistré en live dans la salle londonienne qui porte ce nom. Des chansons sans titre ou presque : I, II , III, IV. La sobriété et l’épure jusque dans les moindres détails. Elle est comme ça Anna. Pas le genre à s’épancher sur elle-même, ni sur quoique que ce soit d’ailleurs, en dehors de sa musique. Son art est son unique vecteur de communication. Et il est vrai que nous n’avons guère besoin d’en savoir plus tant l’intensité de son interprétation et la bouleversante sincérité de ses textes suffisent à nous transpercer au plus profond de notre âme et de notre cœur.

Auteur-compositeur-interprète, la jeune femme ne fait pas dans la demi-mesure. Les mots sont directs, souvent crus, toujours déchirants de beauté, à l’image du tout premier titre dévoilé, le superbe I : « He’s left the lights on / So I’ve kept my shirt on / (…) / Jesus I’m too insecure for this / For him to undress me and take the piss / And they haven’t all been good / Like they said they would / One said my body was shit / And didn’t like the look of it / But Jesus he came off smarter than that / To grab an inch of stomach and say fat / It’s been said that I am strong / And they’re not entirely wrong / But I ran, I ran, I ran from him / Like I’ve done from all of them / And I would say that I am a feminist / But there’s something key that I have missed / ‘Cause I want to be strong / And I’d like to be fine ». Cette plongée poignante et ultra-réaliste dans l’âme d’une jeune fille blessée mais qui souhaite avancer malgré tout laisse sans voix.

Anna ne se départira jamais de cette sincérité totale qui constitue sa signature artistique. L’acuité avec laquelle elle retranscrit les sentiments de sa génération est sidérante, qu’il s’agisse de ses propres peurs et incertitudes quant à l’avenir sur le titre II (« I will never amount to anything / Skipping showers every other day / I will never amount to anything / Living in my childhood bed ») ou bien du désarroi d’une amie suicidaire sur le titre III (« She smiled as she told me / She could only sleep / With the image of a gun between her teeth »), un morceau émouvant qui fait échos au magnifique Something Of An End de My Brightest Diamond que la jeune anglaise reprend en live. Une mise à nu sans concession. Un voyage au plus profond de l’âme humaine. Déstabilisant parfois, intense à chaque instant.

Pour accompagner ses textes bouleversants, l’artiste fait courageusement le choix du peu, voire de l’expérimental : une guitare électrique, quelques effets de reverb et de saturation ici ou là, une batterie et de légères touches électroniques aussi, subtilement diffusées. Car la force des compositions n’est pas à rechercher dans la richesse de l’instrumentation qui les habille mais plutôt dans la seule puissance de la voix qui les porte. Une voix incroyable, l’une des plus belles de la scène contemporaine, et l’une des plus fascinantes qu’il m’ait été donné d’entendre. Une voix profonde et grave qui malgré la douleur du propos ne faiblit jamais, mettant en lumière l’assurance et la force intérieure de son interprète qui reste debout malgré les coups portés par la vie. Entre silences et cris, la jeune femme plie mais ne rompt pas et veut croire en l’avenir coûte que coûte. « But I really wanna make you proud / Find something, stand some ground », nous lance-t-elle ainsi avec rage sur son titre II. Frissons garantis.

A l’écoute d’Anna B Savage, j’ai retrouvé toute la force et la beauté de l’émotion ressentie à la première écoute de Cat Power, Sharon Van Etten ou encore Scout Niblett. J’ai immédiatement su que la musique de cette jeune artiste au talent rare allait longtemps résonner au fond de moi. C’était il y a un peu plus d’an déjà. Rien n’a changé depuis. Pour tout cela, M E R C I Anna !

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Un titre : I
La site : annabsavage.tumblr.com
Pour écouter l’album : sur deezer, le lien vers EP et le lien vers Live at Cafe Oto.

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Bonus

Captation intense et belle de La Blogothèque à l’occasion d’une Soirée de Poche parisienne.

 

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