Aldous Harding par Jean--Marc Ferre

Un coup de foudre musical en trois temps. D’abord la belle découverte sur album en 2014, grâce aux conseils avisés d’un ami déjà sous le charme. L’intense révélation ensuite à l’occasion d’un showcase acoustique au Petit Bain en mai 2015. La consécration absolue enfin lors du premier vrai concert parisien en mars dernier dans le cadre du très recommandé festival Les femmes s’en mêlent. Voilà en résumé mon histoire avec la musique de la merveilleuse Aldous Harding, jeune auteur-compositrice-interprète venue de Nouvelle-Zélande et qui est en passe de devenir une voix incontournable de la nouvelle scène folk internationale.

C’est donc avec un plaisir non dissimulé (mais aussi un trac certain) que je suis allée à la rencontre de cette artiste de talent pour une interview organisée juste avant son concert à l’Astrolabe (Orléans) le 26 avril dernier. Un moment d’échange placé sous le signe de la bonne humeur et qui m’a révélé une Aldous Harding incroyablement sincère, espiègle, drôle mais aussi très sûre d’elle-même. Trente minutes de bonheur complet immortalisées par l’appareil photos de l’ami à l’origine de ma découverte (histoire de boucler la boucle en somme !).

Bonjour !

Aldous Harding : Bonjour !

Afin de nous aider à mieux te connaître, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi ? Tu viens de Nouvelle-Zélande, n’est-ce-pas ?

Oui.

Vis-tu toujours là-bas ?

Oui. Nous [Hannah et son compagnon Marlon Williams] n’avons pas encore de maison à nous car nous tournons sans arrêt. Les amis et la famille nous hébergent donc lorsque nous rentrons. Mais nous avons prévu de rechercher un endroit à nous en juin prochain.

Toujours en Nouvelle-Zélande ?

Oui en Nouvelle-Zélande, à Christchurch.

Quand et comment ton intérêt pour la musique a-t-il commencé ?

Sans doute lorsque j’étais très petite. Ma maman chantait et mon papa chantait et jouait de la guitare.

Ils t’ont donc donné envie de faire pareil ?

Oui, totalement. Je trouvais cela merveilleux. Bien sûr, en grandissant, j’ai un peu résisté à l’idée de devenir musicienne pour ne pas faire comme eux. Mais c’est bien en regardant ma mère chanter et mon père jouer de la guitare que j’ai eu envie de faire cela.

As-tu toujours joué seule ou bien as-tu commencé dans un groupe comme nombre d’adolescents ?

Je n’ai jamais eu de groupe à moi. J’ai été un moment dans un groupe mais je ne souhaite pas vraiment en parler. Il s’agissait d’un groupe de bluegrass et les choses ne se sont pas si bien passées que ça en fin de compte.

Aldous Harding par Jean--Marc Ferre

Pas de souci. Donc tu as très vite commencé à jouer toute seule tes propres chansons ?

Oui. Après quelques concerts autour de Lyttleton et Christchurch, on m’a proposé de faire un disque et je l’ai fait. Je n’en attendais rien de spécial et me voilà maintenant ici en France en train de parler avec toi !

C’est un album magnifique que j’aime vraiment beaucoup.

Merci !

Mais il est sorti il y a déjà longtemps.

Oui en effet, 2 ans déjà !

Cela a pris un peu de temps avant qu’il n’arrive en Europe… Que ressens-tu aujourd’hui lorsque tu écoutes ces chansons ?

Je ne les écoute pas.

Vraiment, jamais ?

Jamais et ce n’est pas un mensonge. Excepté lorsqu’il passait à la radio ou lorsque j’ai du travailler sur les clips de certains titres, je n’ai jamais écouté l’album après sa sortie. Plus exactement, je l’ai écouté une seule et unique fois lors de la parution du vinyle et c’est tout.

Mais tu joues toujours les titres qu’il contient ?

Oui je joue toujours beaucoup de ces morceaux mais je n’écoute jamais le disque en tant que tel.

C’est de l’histoire ancienne pour toi ?

Je ne dirais pas ça. C’est juste que je pense que je dois le laisser vivre sa propre vie. J’étais fière de lui lorsque je l’ai écouté la toute première fois. Mais je pense que j’ai changé depuis sa parution. C’est difficile à décrire mais je pense qu’aujourd’hui je suis plus sûre de moi et davantage mâture dans ma façon de faire de la musique. Aussi je ne souhaite pas me retourner vers ses vieilles chansons et les abîmer avec ma perception actuelle car elles correspondaient bien à ce que j’étais à l’époque mais plus à ce que je suis devenue. Je veux laisser ces souvenirs derrière moi.

Tu as écrit ces chansons il y a longtemps ?

Oui. Hunter a été la première chanson que j’ai écrite. Je devais avoir 19 ou 20 ans.

Quel âge as-tu aujourd’hui ?

25 ans.

Effectivement cela commence à faire…

Je sais ! [rires]

Je veux dire à l’échelle de ton âge et de ta vie.

Je sais ! Cela me semble si loin ! Je me rappelle lorsque j’ai commencé à écrire ce titre et que je me suis dit qu’il sonnait plutôt bien. [rires]

Aldous Harding par Jean--Marc Ferre

Tu écris surtout à la première personne. Nous pouvons donc penser que tes textes sont autobiographiques…

Non…

Mais tu utilises également un imaginaire très varié tout autour….

C’est rigolo. Je veux dire, bien sûr, une grande partie de mon inspiration provient de ce que je ressens et de tout ce qui passe par ma tête. Auparavant, je ne me mettais aucune pression pour écrire de la musique, je suivais une approche très organique en écrivant spontanément ce qui traversait mon esprit à un moment donné. Aujourd’hui je réfléchis beaucoup plus à mes textes, je coupe, je modifie, je peaufine afin de rendre la chanson la meilleure possible. Avant c’était une démarche immédiate et je…. [silence] mince alors j’ai oublié ce que je voulais dire ! [rires]

Ce n’est pas grave.

Cela m’arrive sans arrêt ! [rires]

Il y a quelque chose que moi aussi j’ai oublié de te demander tout à l’heure au tout début de notre conversation.

Si j’avais une image de marque particulière ? La réponse est non aucune ! [rires]

Non ce n’est pas ça ! Aldous n’est pas ton vrai prénom.

Non en effet.

Ton vrai prénom est Hannah. Tu as vu comment j’ai bien préparé notre rencontre ? [rires] Sérieusement d’où vient le prénom Aldous ? Y-a-t-il une explication particulière ou bien as-tu choisi un peu au hasard ?

Non pas au hasard. C’est juste que j’aime ce prénom. J’aime beaucoup ce prénom.

Et c’est tout ?

Oui. Je voulais qu’une partie de mon nom ne soit pas le mien et je souhaitais garder le nom de famille de ma mère. Alors voilà. Mais aujourd’hui je n’y pense plus, c’est du passé !

Pourquoi avoir choisi de prendre un autre nom ? Etait-ce pour toi un moyen de créer une distance entre la personne que tu es dans l’intimité et l’artiste sur scène ?

Oui bien sûr. Et puis je trouve qu’Hannah Harding sonne trop lisse, que cela a un côté chanteuse country qui ne colle pas du tout à ma musique. Et puis je voulais un nom qui ne soit pas totalement le mien non plus.

D’accord je vois.

C’est aussi simple que ça !

En effet très simple ! Je me posais juste la question.

Tu as de la chance que je réponde. On me pose tellement de questions et pourquoi ci, et pourquoi ça, etc etc etc [rires]

Aldous Harding par Jean--Marc Ferre

Okay. Assez parlé du passé. Parlons désormais du présent et du futur. Ton album a 2 ans et j’ai cru comprendre qu’un nouveau bébé était en route…

[Hannah tapote alors son ventre en rigolant]

Non ce n’est pas ce que je voulais dire !

[Hannah toujours en train de tapoter son ventre et de rigoler] Non il n’y a rien de ce côté-là, je t’assure, tout va bien. [rires]

Okay. Tu m’as comprise ! As-tu déjà enregistré ce nouvel album à venir ?

Non pas encore. Je vais l’enregistrer en Angleterre en juillet avec un producteur que j’aime vraiment beaucoup. Je vais te dire qui c’est mais s’il te plaît ne le répète pas encore [Comme promis à Hannah, je ne dévoilerai donc rien mais sachez que la nouvelle est des plus excitantes !!!]

Et quand cet album va-t-il sortir ? En fin d’année ?

Si tout va bien en février de l’année prochaine au plus tard. Il faut donc attendre encore un peu…

Un peu moins d’un an…

Oui un peu moins d’un an….

9 mois, comme un bébé, j’avais donc raison tout à l’heure !

Oui, totalement ! [rires] C’est aussi pour cela que j’ai écrit I’m so sorry. As-tu écouté ce nouveau morceau ?

Oui bien sûr !

Ce n’est pas vraiment un single et pour tout dire je ne sais pas vraiment comment l’appeler. C’est un morceau que j’ai souhaité faire entendre aux gens avant que l’album à proprement parler ne sorte car j’ai bien conscience que tout cela prend un peu de temps.

As-tu déjà une idée très précise de ce que sera ce nouvel album ?

Oui une idée plutôt assez précise.

Comment pourrais-tu nous le décrire ? Si tu es d’accord pour en parler bien sûr !

Je pourrais mais non je ne vais pas le faire [Hannah se met alors à rigoler et à fredonner visiblement ravie de son tour de malice]. Tu vas devoir attendre encore un peu…

Sera-t-il différent ?

Oui.

Différent comment ?

[Hannah se met alors à mimer des gestes dans tous les sens en rigolant]

Ce n’est pas juste ! Je ne vais pas pouvoir retranscrire cela avec des mots moi !

Tu dois attendre ! [rires]

Donc il sera différent.

Oui totalement !

Okay…

Est-ce que cela est okay pour toi qu’il soit différent ?

Oui bien sûr ! Pour moi, bon c’est mon avis personnel, les meilleurs artistes sont ceux qui tout en gardant une signature personnelle particulière ont su évoluer et prendre des risques aussi parfois.

Oui en effet ! C’est vraiment dommage que je ne puisse pas t’en dire plus [rires]

Oui je sais je dois attendre…

Trop dommage ! [rires]

Reviendras-tu en Europe pour nous le présenter ?

Oui ! Je vais revenir en décembre. Tout n’est pas encore finalisé mais je devrais être de retour en fin d’année.

Passeras-tu par la France ?

Oui nous allons refaire le même parcours qu’au printemps mais… je serai cette fois accompagnée d’une personne au piano et d’une autre au saxophone.

——

Crédit photos : ©2016 Jean-Marc Ferre.
 

Tags :

VOS COMMENTAIRES
Les commentaires sont fermés pour ce billet