Nadia Reid par Jean-Marc Ferre

Sorti en fin d’année de ce côté-ci de la planète, le magnifique album Listen To Formation, Look For The Signs fut incontestablement l’un de mes grands coups de cœur musicaux de 2015 et son auteure-compositrice-interprète, la Néo-Zélandaise Nadia Reid, l’une de mes plus belles découvertes. Pouvoir rencontrer la jeune femme à l’occasion de son premier passage en France a donc été un réel privilège.

C’est dans un café situé à deux pas de L’Espace B où elle allait se produire ce soir là, que nous nous sommes confortablement installées pour discuter entre autres de sa musique, d’Aldous Harding, Tiny Ruins ou encore Sharon Van Etten ! Un moment hors du temps qui m’a permis d’échanger avec une artiste d’une incroyable gentillesse, sereine, et bien décidée à profiter de chaque instant de son aventure européenne. Vive la musique, vive le folk, vive la Nouvelle-Zélande !

Bonjour !

Nadia Reid : Bonjour !

Tout d’abord, merci beaucoup de nous accorder cette interview. C’est un grand plaisir de faire ta connaissance.

Mais de rien. Merci à toi !

Une question classique pour démarrer. Quand et comment as-tu commencé la musique ?

Et bien, je dirais un peu par hasard en fait. J’ai démarré la musique vers l’âge de 14 ans au moment où j’ai rencontré Hannah [Aldous Harding]. Nous sommes allées au même lycée pendant un certain temps et nous avons tout simplement commencé à jouer de la guitare et à chanter ensemble. Mais ce n’est que depuis un ou deux ans que les choses sont devenues vraiment sérieuses. Auparavant, ce n’était pour moi qu’une façon de m’exprimer, la façon qui m’était la plus naturelle.

Tes parents n’étaient donc pas musiciens ?

Non. Mais ma maman aime énormément la musique. Mon papa un peu moins. Mais il y avait toujours beaucoup de musique à la maison.

Y-a-t-il un événement particulier qui t’a décidée à en faire quelque chose de sérieux, à l’envisager comme un métier ?

Mon premier album a représenté un grand accomplissement pour moi. Cette réalisation m’a fait ressentir ce que rien d’autre ne m’avait permis de ressentir jusque-là. Lorsque j’écris, je créée et j’interprète, j’ai le sentiment d’être véritablement à ma place et c’est une sensation très positive la plupart du temps. Et puis l’accueil réservé à l’album a dépassé toutes mes espérances. Je n’ai rien fait de spécial pour que cela se produise mais c’est arrivé et je me suis laissée porter.

Comment en es-tu arrivée à réaliser cet album ? Des personnes particulières t’y ont-elles incitée ? Je sais que la communauté artistique en Nouvelle-Zélande est une petite famille en fin de compte.

Oui, Ben [Ben Edwards, directeur du studio où a été enregistré et produit l’album] était un ami et il m’a encouragée à aller jusqu’au bout. Toutes les personnes impliquées sur ce disque sont des amis. Nous avions l’habitude de jouer ensemble, en groupe, j’avais toutes ces chansons de prêtes, c’était donc une évolution très naturelle de les regrouper sur un album et c’est ce que nous avons fait.

Je comprends. Aurais-tu finalement pu exercer un autre métier que la musique ?

Après avoir quitté l’école, j’ai travaillé pendant un temps comme nounou ainsi que dans des cafés et des restaurants. C’est en fait ce que j’ai plus ou moins fait jusqu’à cette année. Après, je ne sais pas, peut-être aurais-je aimé devenir institutrice.

Institutrice ?

Oui, institutrice. Mais pour cela il aurait fallu que je poursuive mes études ! [rires]

Oui, mais à cause de la musique et des tournées…

Oui, j’ai été un peu trop occupée pour continuer.

Nadia Reid par Jean-Marc Ferre

Bien, parlons maintenant de ta musique. Ton premier album est sorti il y a déjà deux ans en Nouvelle-Zélande mais l’année dernière seulement en France.

Oui je l’ai sorti de façon totalement indépendante en 2014. Puis il est ressorti l’année suivante grâce à un label australien.

Spunk Records.

Oui, Spunk !

Cet album est donc paru depuis un certain temps déjà. Que ressens-tu aujourd’hui alors que tu viens nous le présenter pour la première fois ?

Et bien en fait je viens juste de terminer mon second album…

Oh vraiment ? C’est une excellente nouvelle ! J’avais justement des questions à ce sujet !

Merveilleux ! Pendant un moment j’ai eu le sentiment que j’avais beaucoup évolué depuis le premier album. Ce qui, je pense est plutôt sain et naturel pour une artiste. Mais ensuite j’ai réalisé qu’avec le temps, toutes ces chansons s’étaient comme bonifiées. Elles se sont davantage enracinées en moi, je les connais mieux. Bien sûr, c’est très agréable de jouer les nouveaux morceaux mais j’aime bien les anciens aussi. Au final, les deux se complètent très bien.

Corrige-moi si cela n’est pas correct, mais j’ai lu que tu avais écrit les chansons de Listen To Formation, Look For The Signs sur une longue période, six ou sept ans. Si on ajoute à cela ses deux années d’existence depuis sa sortie, nous arrivons à presque dix ans ! Beaucoup de choses ont dû changer dans ta vie, tu as probablement aussi beaucoup changé toi-même depuis tout ce temps…

Oui en effet.

Cela doit te paraître une éternité !

Oui c’est vrai ! [rires]

Et cela ne te met-il pas mal à l’aise de t’y replonger ? Te sens-tu toujours bien lorsque tu dois jouer ces anciennes chansons ?

Pour la plupart d’entre elles, oui. Bon, parfois, je me dis « Oh mon Dieu, qu’est-ce que je peux être dramatique là » [rires] et certains morceaux me semblent vraiment très chargés d’angoisse. Je suis moins nerveuse désormais et sans doute un petit peu plus mature aussi.

Tes chansons sont très personnelles. Cela a-t-il toujours été une évidence pour toi d’écrire des textes personnels ? Comment procèdes-tu ? Tiens-tu un journal intime ou quelque chose de la sorte ?

Oui, j’ai toujours écrit, beaucoup, sans autre but que de laisser sortir les choses qui étaient enfermées en moi. Et cela m’aide incontestablement dans mon processus créatif. Mes chansons sont personnelles car je ne saurais pas faire autrement en fait. J’ai toujours écrit des textes sur moi car… je suis le seul sujet que je connaisse vraiment ! Je serais incapable d’écrire sur ce que je ne connais pas. Je pense que les auditeurs peuvent percevoir si un texte est authentique ou pas.

Et n’est-il pas trop compliqué parfois de trouver le juste équilibre entre ce qui relève de l’intime et doit le rester et ce qui relève de l’universel et peut être partagé ?

Je pense qu’il y a une vérité intrinsèque à chaque histoire et que cette vérité fait la force de la chanson.

Tu as dit qu’il y avait de l’angoisse dans tes chansons. Il y a aussi parfois de la tristesse et une certaine désillusion. Pour autant, j’y entends également de la confiance en soi et de la détermination. Tu es tout sauf une femme qui pleure sur son sort. Le fait d’écrire t’a-t-il aidée à surmonté toutes les épreuves que tu as traversées ?

Oui. A 100% !

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Crédit photos : ©2016 Jean-Marc Ferre.
 

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