Xixa @ La Flèche d'Or

Il y a des signes qui ne trompent pas. Quand une amie aux oreilles affûtées vous parle de deux jeunes loups du rock venus d’Arizona assurer la première partie de Giant Sand en Italie, cela mérite attention. Puis quand, quelques mois plus tard, à Paris, le même Howe Gelb adoube ces excellents guitaristes comme ses successeurs de la scène de Tucson, vous écrivez attentivement leurs noms dans votre mémoire : Brian Lopez et Gabriel Sullivan. Enfin quand, au cours d’une recherche tranquille mais déterminée sur Internet, vous vous apercevez que tout le monde parle déjà de Lopez et Sullivan et que leurs sessions acoustiques font le bonheur de certaines radios ou TV, vous vous dites que vous êtes un âne et votre amie ricane à juste titre de votre manque d’écoute. Il était donc plus que temps de découvrir les Xixa qui devraient devenir les futurs grands noms de la scène indé US.

The Psychotic Monks

Ce n’était pas la foule des grands soirs à la Flèche d’Or, tout le monde préférant siroter gentiment un verre sur les bancs extérieurs. Mais le joli tapage produit par The Psychotic Monks avait de quoi intriguer. Venu présenter son nouvel EP IV, le quatuor parisien a visiblement beaucoup écouté de stoner, au hasard les Desert Sessions, et aime ça (Ender). Cependant ils ne se contentent pas de cogner fort, ils le font avec lenteur, ressuscitant ainsi le style psyché qu’affectionnaient les Kyuss (The Great Escape).

The Psychotic Monks

Cela faisait même assez longtemps qu’on n’avait pas entendu de groupe dans ce style et c’est franchement agréable. Abrasif, leur son l’est, assurément, décapé par les riffs lourds et sauvages de la guitare et de la basse, soutenus par des plages de clavier longues et saturées et une batterie testostéronée (Cold Worlds). Réservés sur scène, les Psychotic Monks préfèrent échanger peu de mots avec la salle et laisser leur déluge sonore parler pour eux, ce qui n’est pas pour déplaire au public venu de plus en plus nombreux pour headbanguer devant la scène. Tournant régulièrement depuis quelques temps, The Psychotic Monks a pu asseoir un peu sa notoriété grâce à ses deux EPs, et il y a fort à parier que la cote de popularité du groupe monte en flèche dans les mois qui viennent.

Xixa

Quand les Xixa montent sur scène, la température de la Flèche d’Or a déjà bien grimpé. Et cela ne va pas s’arranger. Car si les Arizoniens cognent moins fort que leur première partie – et encore ce n’est pas sûr, leur mélange de cumbia et de rock psyché alimenté avec force pédales de distorsion vous prend à la gorge aussi sûrement que le vent chaud de la Death Valley. Les débats ont d’ailleurs été éclaircis dès le début du set : sur leur single Bloodline, la voix caverneuse de Gabriel Sullivan vous transporte au milieu d’un duel de western sous un soleil de plomb. Lopez et Sullivan écrasent tout sous leur gamme descendante aux guitares. Et là vous êtes pris au piège.

Xixa @ La Flèche d'Or

Avec leurs vestes longues, leurs amulettes en émeraude, et leurs chapeaux plats, les Xixa hypnotisent. Ils enchaînent avec la justement nommée Cumbia Del Paletero qui met toute la Flèche d’Or en transe par ses rythmes latins et ses riffs épais. En fins bretteurs, Lopez et Sullivan se font face pour faire jaillir des étincelles de leurs guitares. Avec sa voix douce, Brian Lopez donne un peu d’air au public sur Killer, belle bluette de pop légère, avant de revenir au surf rock musclé et légèrement kusturicien de Vampiro. Vraiment, ce groupe ne laisse pas de nous étonner par sa faculté à intégrer autant d’influences, même lointaines.

Xixa @ La Flèche d'Or

Les Xixa finissent d’enfoncer le cou avec leur nouveau single Shift & Shadow et ses accents péruviens drolatiques boostés par une rythmique lourde de hip-hop. Le set est définitivement sur les rails, les musiciens ne s’économisant pas – au point de voir Brian Lopez casser une corde de guitare sur les riffs arabisants de Down From The Sky, magnifique écho par-delà les océans d’un désert à l’autre, accompagné par une basse somptueuse de souplesse. Sullivan prend donc l’ascendant quelques instants, mais chez Xixa il n’y a pas de rivalités mal placées, on sent que le groupe vit en très bonne harmonie.

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Durant tout le reste du set, le groupe montre l’étendue de sa culture et de ses influences, entre grosses cavalcades et riffs trempés dans le mezcal (Pressures Of Mankind, Nena Linda) et plages plus apaisées par des guitares mélodieuses (Golden Apparition, Living On The Line). Le tout accompagné d’une très jolie reprise du Man Who Sold The World de Bowie, qui se pare pour l’occasion d’accents mexicains qui lui vont bien. Après une courte pause, le groupe revient évidemment pour lâcher ses derniers sursauts d’énergie dans des titres de la première heure, presque caricaturaux, mais c’est justement ce qu’on attend. Si El Aguajal a la fraîcheur de la tequila citron dans la cantina de Tucson, Ya Ha Se Muerto est une invitation à danser frénétiquement jusqu’à ce qu’épuisement s’ensuive. Ce qui résume parfaitement ce concert, et donne envie de revoir très rapidement les Xixa pour se déchaîner une nouvelle fois au son de ces riffs endiablés.

Xixa @ La Flèche d'Or

Setlist :

Bloodline / Cumbia Del Paletero / Killer / Vampiro / Plateau / Shift & Shadow / Down From The Sky / Como Un Ave / Pressures Of Mankind / Golden Apparition / Nena Linda / Dead Man / The Man Who Sold The World (Bowie) / Living On The Line / Rappel : El Aguajal + Chicha Dust / Ya Ha Se Muerto Mi Abuelo (Juaneco y su combo)

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Crédit photos : ©2016 François Jalicot
 

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