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« Quelques-unes des chansons les plus irrésistibles qu’il m’ait été donné d’entendre depuis longtemps. Des chansons puissantes qui vous emportent dans un véritable voyage sur fond d’histoires intelligentes et de mélodies renversantes. » C’est avec ces mots élogieux que Sharon Van Etten, artiste si chère à mon petit cœur musical, décrit Masterpiece, le premier album du groupe Big Thief paru fin mai. Il n’en fallait bien sûr guère plus pour aiguiser ma curiosité !

Big Thief. Le projet est né à Brooklyn il y a quelques années déjà de la rencontre de deux jeunes musiciens, Adrianne Lenker (voix, guitare et écriture) et Buck Meek (guitare et chœurs). Après un album en solo pour Adrianne (Hours Were The Birds, en janvier 2014), deux albums en duo parus sous le patronyme Buck and Anne (A-sides et B-side en mai 2014), tous aux tonalités très folk, et de nombreux concerts DIY donnés ensemble à travers les Etats-Unis, les deux complices décident d’enrichir leur palette musicale et de former un véritable groupe en s’adjoignant les services du bassiste Max Oleartchik et du batteur James Krivchenia (absent toutefois lors de l’enregistrement du disque qui a été réalisé avec un autre percussionniste) afin de sortir un premier LP sous le nouveau nom collectif de Big Thief.

Subtile mélange de sonorités rock (Masterpiece, Interstate, Humans), folk (Lorraine, Randy, Velvet Ring), et voire même un peu pop (Real Love), Masterpiece est un concentré de mélodies irrésistibles servies par un groupe de musiciens qui manie les ruptures de rythmes à la perfection et distille avec brio moments de douceur et envolées électriques, trouvant ainsi à chaque fois l’équilibre adéquat entre la gravité du propos et la chaleur de la musique qui l’enveloppe. Impossible dès lors de ne pas succomber à l’efficacité mélodique de Masterpiece et Real Love ou à la tendresse désenchantée qui se dégage de Paul.

Le son finement travaillé habille un songwriting également soigné. Un art de l’écriture certain, parfois cru, souvent sombre, toujours percutant. L’amour, thème central du disque, est ainsi comparé à une crise cardiaque, une infection ou encore une fièvre qui conduit quasi inévitablement à la folie. Il se rencontre au bord de la route ou dans des bars qui sentent la bière et l’urine. Il se vit avec passion sous une table ou dans une chambre de motel, avant de s’éteindre sur un lit d’hôpital.

L’objectif narratif recherché par Adrianne est clairement revendiqué par la jeune femme : il s’agit ici de dépeindre sans artifice le processus de maîtrise de la douleur, de la perte, et de l’amour, de se regarder en face à travers les yeux d’un(e) autre et d’accepter au bout du compte la vie et l’inéluctabilité de la mort qui va de pair avec elle.

En suivant les histoires de différents personnages (Lorraine, Paul, Randy, Marie ou encore Liza) rapportées comme autant de petites nouvelles liées les unes aux autres, Masterpiece nous propose un bouleversant voyage à travers le champ des émotions humaines, entre instants de bonheur et moments de crises dont il faut apprendre à se relever coups après coups. Mais si le propos n’est pas toujours très gai, le ton ne devient cependant jamais trop pesant. Au contraire !

Car bien que sans concession, tous les textes sont impeccablement portés par la pièce maîtresse de l’album (et du groupe) : la voix d’Adrianne. Une voix claire, fragile et forte à la fois. Une voix bouleversante et en même temps réconfortante, qui possède un véritable pouvoir d’addiction à l’image de celle de Sharon Van Etten, Angel Olsen ou encore Bon Iver. Une voix vers laquelle on ne cesse de revenir encore et encore pour surmonter ses propres démons et se sentir vivant tout simplement.

« Big Thief. La meilleure chanteuse que j’ai entendue depuis Julien Baker. Son groupe est incroyable », s’est enthousiasmée mademoiselle Van Etten à la suite de l’un des concerts du groupe à New York fin 2015. Tout est dit. Croisons les doigts désormais pour que le succès mérité de ce coup d’essai qui a pris la forme d’un vrai coup de maître traverse très vite l’Atlantique !

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Un titre (enfin deux plutôt) : Real Love et Paul
Le site : www.bigthief.net
Pour écouter l’album : sur deezer par exemple

Bonus

Un titre inédit écrit en début d’année pour le très beau projet musical des Shaking Through series :

 

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