natureboy

Il est des découvertes live qui vous marquent profondément au point de laisser une empreinte indélébile résistant à l’épreuve du temps. Ma rencontre avec la musique de Natureboy sur la scène du Point Ephémère en octobre 2010 (merci Les Femmes S’en Mêlent !) fait partie de celles-là. Et même si je n’ai pas eu la chance de revoir en concert cette artiste de talent, sa musique ne m’a depuis lors plus quittée. Malgré l’absence de promotion ou de tournée, le lien ne s’est pas relâché, mais bien plutôt renforcé un peu plus à l’écoute de chaque album. Quelle fut donc ma joie en lisant ces quelques mots postés le 23 août dernier : Made a new record. You can buy it at bandcamp. Trois longues années d’attente depuis le précédent opus prenaient fin. Le moment magique des retrouvailles avait sonné !

Natureboy. Derrière ce nom énigmatique se cache le projet musical de Sara Kermanshahi, américaine d’ascendance iranienne, née à Seattle et installée à Brooklyn, qui après 2 disques parus en 2010 et 2013, les très beaux Natureboy et The Sweep, nous revient aujourd’hui avec un nouvel album, totalement autoproduit et disponible uniquement sur le bandcamp de l’artiste, l’envoûtant Only No One.

Toujours accompagnée de son fidèle complice Cedar Apffel, Sara s’est cette fois-ci plus entourée qu’à son habitude en appelant à ses côtés sept autres musiciens dont trois batteurs, un bassiste, un joueur de pedal steel, un pianiste et un organiste. De quoi bâtir un écrin de choix à ses compositions et ainsi leur donner toute l’ampleur qu’elles méritent. En s’éloignant un peu des territoires indie folk de ses débuts, l’américaine explore ici avec brio de nouveaux espaces plus aériens, synthétiques et dream pop, qui ne sont pas sans rappeler le meilleur de Mazzy Star ou Beach House.

Impossible en effet de ne pas se laisser enchanter par le charme addictif qui se dégage de Sunsets ou de se faire prendre dans les doux filets du dansant My Guess. Empreints de poésie et de mystère, les textes habitent à la perfection l’univers musical délicat qui les porte : « What did you wake me for ? / I was dreaming of nothing more / Than to be on the ocean floor demande fort à propos la jeune femme sur le bien nommé Swimmingly ».

Magicienne des ambiances envoûtantes, Natureboy captive aussi et avant tout par sa voix. Véritable signature sonore de l’artiste, cette dernière dégage un pouvoir d’attraction unique, un subtil mélange de douceur et d’assurance qui comme chez son amie Sharon Van Etten ne peut laisser indifférent. Grave et légèrement traînante, la voix de Sara possède un magnétisme irrésistible qui morceau après morceau ne se dément pas.

Idiot Vision en est l’un des exemples les plus aboutis : enveloppé de quelques notes jouées au clavier et de nappes synthétiques qui montent progressivement en puissance, le chant un peu rauque et totalement hypnotique de la jeune femme nous y transporte plus de cinq minutes durant dans un voyage à demi conscient, quelque part entre le rêve et l’éveil. Mutine, l’américaine pousse même le charme encore plus loin avec le titre Nothing Matters construit sur un simple jeu d’harmonies vocales posées autour d’une mélodie entêtante à souhait. Imparable.

Aussi confidentielle soit-elle, la musique de Natureboy porte en elle une intensité et une universalité qui ne manqueront pas de durablement toucher les oreilles assez curieuses pour aller la découvrir. Je fais donc le rêve un peu fou qu’un jour la lumière brille enfin sur ce petit bijou, sans aucun doute l’un des secrets les mieux gardés de la scène indépendante américaine.

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Les titres essentiels : Sunsets, Idiot Vision
Ecouter : sur bandcamp
Site : www.natureboysongs.com

Bonus

Session intimiste en studio pour l’un des titres du précédent album. Un moment beau tout simplement.

 

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